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05/08/2011

A comme ... Alex ?

Le Tire-Bouchon cahote sur la voie avec bonhommie et chante ce tac-tac caractéristique des vieilles lignes de la SNCF. Le wagon est presque vide et je me laisse emporter vers ce rêve crayonné des bribes de notre dernière conversation téléphonique…


Alexandre, mais tout le monde m’affuble d’un Alex plus court et plus convivial.

20 rue du quai… Ah c’est là ! Les deux noms se chevauchent sur l’étiquette trop petite de la sonnette. Le buzzer crisse un râle au volume disproportionné même si la fenêtre du premier étage est ouverte. L’immeuble ne paie pas de mine et j’appréhende avec curiosité le look de cet appartement dans lequel je me trouve invité pour un apéro aussi improbable qu’original…

« Premier étage Alex ! » crache l’interphone. Déclic de la porte. Couloir sombre et marches en pierre sans doute chargées d’histoire. Sonnette. Le judas fait apparaître un éclair de lumière. La porte s’ouvre…


Son sourire communicatif éclaire tout de suite nos retrouvailles. En chemise blanche et jeans foncé, les cheveux out-of-bed, pieds nus, il arbore le look du marin au repos ! Une généreuse claque sur l’épaule m’invite à « tirer un bord » à travers le coté chambre du studio pour m’amarrer dans le salon coquet.

Au passage je vole quelques images : une paire de baskets dégorgeant de chaussettes aux couleurs déteintes presque fumantes laisse deviner un retour récent d’un footing, des animaux en peluche pelotonnés jouent une scène de câlins sur le lit visiblement récemment refait, une boite impudiquement annotée « mes sous-vêtements » a perdu son couvercle qui traine sur la moquette, un bureau réglementairement ordonné avec le couvercle de l’ordinateur portable fermé atteste la suspension de son activité de consultant informatique pendant le weekend, quelques photos du couple habillent le mur de leur intimité aux sports d’hiver sur la plage ou en Italie, une tripotée de verres de toutes formes et de provenance sans doute parfois en droite ligne de quelques terrasses (…) dévoile le plaisir de recevoir….


« Je ne te présente pas ma Princesse ! »

Comment aurais-je pu oublier le charme troublant de jeunesse et de sensualité de sa compagne ? Comme des jumeaux ils arborent la même tenue (trop mignons) mais le jeans lui va mieux à elle ! je ne peux pas m’empêcher de laisser trainer mon regard sur ces petites pommes rondes et appétissantes. Quel chanceux le marin ! D’un geste doux mais directif elle m’assoit dans le canapé rouge et s’installe près de moi.

La table du salon est recouverte de truculences gustatives jouant des saucissons, des pruneaux-lardons (sa spécialité à lui), des quiches et mini-crêpes, et des carrés de crumble (sa spécialité à elle). Une jarre de verre illumine la table noire des effluves colorées et fulgurantes d’un cocktail. De petites serviettes origamées émaillent de taches de couleurs cet autel des plaisirs du goût. Quelques notes de jazz embrument l’atmosphère, quelques bougies assouplissent les énergies… Je me sens bien chez ces deux là !


Mes hôtes prennent visiblement plaisir à cette réception et se caressent des yeux avec des petites notes de tendresse aussi visibles que touchantes. Si ces deux là ne sont pas amoureux je veux bien être jeté à la mer !... La conversation n’a pas à sautiller des variantes de la météo aux ardeurs contrariées d’un DSK pour nourrir l’intimité du moment.  Nous évoquons notre improbable rencontre…

Comme tous les samedis je faisais mon roller-jogging sur les quais bordelais surchargés de badauds par un soleil estival, les oreilles vissées à mon iPod et l’esprit enveloppé de préoccupations futiles. Le choc fut sec et violent, presque bruyant, attirant les regards curieux des promeneurs espérant un accident d’une quelconque gravité pour nourrir une soif de sensations morbides.

Je ne l’avais pas vu venir et pourtant ! Un extra-terrestremonté sur rollers tombé de la soupe aux choux avec toutes ses protections noires et son casque ! Sa coach attendrissante de patience et d’amour tentait de le faire tenir dans la position normale du bipède à grands renforts d’éclats de rire et de quolibets affectueux. Sa propension à mélanger ses jambes dans d’inextricables nœuds et sa position tout schuss avec des fesses pointées en figure de poupe sans parler des gorgorythmes de mauvaise humeur éructés contre une certaine raideur en faisait une attraction locale ! Les yeux rougis de sa gourou dégoulinaient de ses fous rires communicatifs et l’étouffaient de sanglots moqueurs peu à même de calmer les foudres de son élève. Plus de peur que de mal : quelques bosses de plus pour lui, sans doute pas à ça près, et une belle et ridicule entaille dans ma fierté de mâle roulant.

Ces deux là ont un don pour attirer la sympathie, comme si leur complicité et leur tendresse irradiaient naturellement tous ceux qui les approchaient. Avec un naturel déconcertant et une évidente sympathie, après de courtoises excuses peu crédibles(…), nous avons fait connaissance, échangé les questions rituelles sur les professions, l’activité sportive, le lieu d’habitation… et découvert un vrai plaisir à croiser ainsi nos destinées. J’ai noté à leur clin d’œil que mon métier d’acteur avait fait résonner une corde dans leur intimité, sans en comprendre toute la partition…, ils m’en chanteront la mélodie plus tard (les débuts de la Princesse au café-théâtre…) dans la soirée.


Leur différence d’âge m’avait un peu étonné je dois l’avouer. A eux deux ils arboraient le double du mien ! mais sans doute par politesse ou par quelques restes d’une éducation stricte et respectueuse je m’étais promis de n’en rien laisser paraître. Et bien aveuglé, bluffé, séduit même devant une telle harmonie le Alex !

Une complicité étonnante jouée de petits coups d’œil amoureux, de joutes verbales tendres et espiègles, de gestes d’une naturelle synchronisation, et de petits frôlements délicieusement cachés sous de fallacieux prétextes de desserte ou de petits tours à la cuisine ! Quel bonheur communicatif de voir comment il la mangeait du regard, comment elle le cherchait constamment de ses yeux vifs, comment ils se cajolaient dans une invisible proximité dont je me sentais un peu exclu. Le plaisir joyeux d’être ensemble était si intense que j’en ai oublié une certaine retenue sur le cocktail et j’ai peur de n’avoir pas complètement maitrisé toutes mes fins de phrase !

 

J’ai tout de même retenu leur incroyable histoire écrite avec les mots d’une passion pure et presque angélique, avec les images marines de la découverte de leurs identités et de leurs cœurs, avec les sons de leurs rêves fous et innocents. La Princesse rosit mignonnement en racontant ces premières cavalcades sur les plages de Penthièvre, leurs bisous volés aux regards intrigués du serveur de la crêperie, les nuits de tempête sur le parking d’Etel où les vitres embuées de la Golf cachaient les bourrasques de vent … déjà… Le marin ne faisait pas le fier quand elle mima, avec un professionnalisme que je reconnus, cette séance de montain-kite devant un parterre de jeunes digne d’un vidéo-gag ou la plongée impromptue de sa jambe jusqu’à la cuisse dans un terrier de lapins ! La réplique fusa bien vite avec ses crises de peur devant d’invisibles ragondins, la perte de ses sous-vêtements dans des vagues complices (et dans d’autres lieux tout à fait inavouables !) ou son gagatisme prononcé devant ces petits lapinous ! Ces deux là s’aimaient avec une évidence qui faisait tant plaisir à partager…

Quand le fond de la jarre de verre apparu enfin, je n’étais déjà plus très frais. Ils me proposèrent de me raccompagner jusqu’au tramway sans doute plus inquiets de me voir tirer des bords dans une réalité un peu vacillante que par simple courtoisie. En voulant récupérer un pull trop élégant pour avoir été choisi par lui, le prof de fac fit tout tomber de l‘armoire chargée comme un coffre de Peugeot dans un village africain. Bien que pendant le stage de la Princesse (je l’appelle aussi comme ça maintenant !...), ils ne partagent que les trois derniers jours de la semaine et quelques extras (pour garder une certaine liberté disent-ils même si je n’en crois rien…), l’armoire dégorgeait de leurs affaires respectives maintenant dispersées sur la moquette, mélangeant de façon bien inconvenante jeans, sweats branchés, chaussettes colorées, caleçons et culottes sexy. J’en connais un qui va devoir trouver les mots ou … pour s’excuser ! Veinard !

 

Il faisait grand beau sur les quais et un léger vent caressait le temps. Mes hôtes, main dans la main, déambulaient nonchalamment près de moi, cordialement attentifs à la rectitude de mon tracé sur cette rue pavée. Promesse de renvoi d’ascenseur, échange de mots gentils, remerciements, bisous et salutations, le tramway arrive. En montant dans la rame je me surprends à un peu de jalousie : moi aussi aurais-je un jour le droit de toucher ainsi la porte du paradis ? S’il existe des jumeaux de l’amour, nés de la même passion et de la même connivence, alors je les ai trouvés aujourd’hui. Et étonnamment, je me sens heureux d’avoir partagé avec eux ces moments si simples d’un bonheur serein…

 

D’un dernier regard je les vois partir...

 

Il a passé un bras protecteur autour de ses épaules docilement apprivoisées, elle a glissé une main polissonne dans la poche arrière de son pantalon, ils dansent du même pas vers leur cocon d’amour. 

Peut-être vont-ils encore joué de cette intimité incroyable dans une ronde de sensualité qui renforcera encore leur union… cela ne me regarde pas…

 

Ils ont l’air si heureux qu’ils en sont beaux …. si beaux …

 

Je continuerai à t'attendre ma Princesse ... pour t'aimer toujours ...

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