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05/08/2011

B comme ... Bambins ?

A la sonnerie de ton i-Phone, d’un bond, tu t’es échappée de mes bras tentaculaires. Pas de petit câlin doux et tendre ce matin, tu as rendez-vous avec une nouvelle expérience et ton excitation remplacera ta mutinerie habituelle …

 

 

L’idée saugrenue avait germé lors de notre dernière virée à Paris où nous étions montés voir son frère. Visite des quartiers « chauds », sans doute à la chasse aux impressions interdites ou simplement inconnues … St Denis, Belleville, le Marais, les Halles … 

C’est là que nous avions rencontré Hugo ! 

 

Sur sa carte de visite, en guise de vocation, il avait fièrement apposé en lettres grasses un « dessinateur de mode » et se targuait d’être la star montante pour tous nos petits bambins. Sa boutique tenait plus d’un souk que d’un somptuaire dédié aux religieux exercices d’aiguilles et de dentelles mais elle fleurait bon l’impertinence des couleurs et la tendresse de ces minis-tenues croquignolesques. Le personnage en lui-même portait vitrine tant il dépareillait avec son large pantalon tout fait de carrés de couleurs cousus pêle-mêle et sa chemise-clown aux boutons démesurément grossis ! Ajouter à ce portrait un accent canadien à découper un érable d’un phrase roucoulée et vous trouvez pourquoi ma Princesse avait craqué : à la troisième pinte l’affaire était faite ! …

 

Ma 309-Colombo est chargée jusqu’aux galeries de cartons et de bâches. Comme une vieille mule revêche elle grogne de devoir transporter tout ce fardas jusqu’au marché d’Auray mais se laisse dompter par la détermination excitée de ma marchande de rêves drapée dans une tenue sortie de l’imagination débridée d’Hugo : sandwichée entre deux grand carrés rouge et jaune, sanglée d’une ceinture verte, affublée d’un bonnet phrygien à grelots, elle ne peut pas passer inaperçue ! Barrée de son sourire bambin et maquillée d’une indéfectible bonne humeur elle est complètement géniale !  

Je l’adore ma Boubou !...

 

Le placier est un homme bourru à la carrure de catcheur et à la dentition n’incitant pas à la négociation !... D’un ton sec et réclamant son dû il nous installe près de l’église entre un marchand de crêpes dont les galettoires chargent de sarrasin le vent frais du matin et un vendeur de saucissons à l’accent méridional aussi fort que son haleine ! Sitôt, ma star de la fripe déballe tréteaux parasols bâches portants caisses peluches et miroir de la berline dont la ligne de flottaison fait enfin un bond salutaire pour ses amortisseurs. Comme une tornade elle bouscule ce petit recoin en une vraie bonbonnière pétillante de couleurs et de textures, chantant avec un sens de la mélodie très personnel une ritournelle de Goldmann, enfin il me semble… Mon lutin illumine son stand de toutes ses tenues chaudes avec un vrai talent de peintre et parsème ses présentoirs de nippes à faire craquer toutes les grands-mères gaga, toutes les mères trop affectives et tous les pères trop sentimentaux ! Elle est trop mignonne ma Princesse … Même les premières crêpes ont brulé !...

 

Évidemment je ne sers à rien ! Comme un trop vieil épagneul vautré à ses pieds, j’admire ma « maitresse » avec ce regard attendri et amoureux que personne ne remarquera. Comme un kouign-amann devant une troupe de bretons, le stand d’Hugo attire une foule bigarrée et bruyante de toutes les facettes : âges, genres, accents, conditions se mêlent en un joyeux jeu de jambes et symphonie d’exclamations attendries. Ma Boubou exulte de plaisir et son rire carillonne sur toute la place. Un conseil par ici, un sourire de confirmation par là, un prix annoncé comme une victoire tout devant, une autre taille à la main, l’œil sur la caisse en fer qui regorge de billets de vingt euros … « J’ai d’autres tailles » « vingt euros madame » « il est trop mignon comme ça votre petit bonhomme » « oui oui essayez madame »  « il est génial le pantalon non ? » « faites vous plaisir prenez-en deux » « non juste aujourd’hui monsieur » « oui la jupette je l’ai en rose aussi » « et trente qui font cinquante merci bien » … Ma Princesse éclate de charme et de ce bonheur contagieux qui irradie ceux qui comme moi ont la chance de croiser sa vie…

 

Ses études de master ne lui sont d‘aucune aide pour compter ses liasses fourrées n’importe comment dans la boite en fer. Son doux visage s’est fermé, une ride de concentration lui souligne le haut du nez, ses lèvres comptent tout fort le montant de ses efforts, ses doigts brassent avec délectation les billets comme le ferait un pilleur de banque, son regard surveille avec vigilance les alentours. Silencieusement je me suis approché d’elle, je sens qu’elle l’a senti sans le voir, elle sait toute la fierté que j’ai pour ce petit bout de femme qui a réussi ce pari fou lancé un jour dans la capitale. Effrontément elle a accoutré ces petits bouts de choux, sucreries d’affection, elle a allumé ces étincelles dans les yeux des parents soudains ravagés du plaisir de découvrir combien leurs petits sont fruits de leur amour dans ces tenues… 

4 300 euros dans la caisse ! Elle est pas géniale ma minette ?...

 

Le bonnet traine dans le camion-crêpes, ses cheveux revenus à la liberté ont repris une tenue sauvage, l’heure est à la remballe comme ils disent ! Galettes et saucissons nous épargnent les incessants et insolents commentaires de ma Princesse sur sa réussite et nous offrent un peu de calme ! Son appétit est à la hauteur de son égo, je l'adore...,  et elle finira les restes de nos voisins de marché ravis de la folle matinée réalisée catalysée par son succès.

 

Je charge ma mule Peugeot des miroir, peluches, caisses, portants, bâches, parasols, tréteaux sous le regard de ma patronne assise sur le bord du trottoir, les bras ballants, l’énergie en berne, les yeux éteints derrière un léger brouillard de nicotine. Le galop de son succès a essoufflé son entrain et elle s’abandonne avec douceur à mon emprise amoureuse. Elle quittera le théâtre de ses exploits avec la peine d’un enfant que l’on prive d’un dernier tour de manège mais sans assez de force pour résister à mes bras…

 

… Les effluves du diffuseur d’huiles essentielles parfument tout l’appartement. Quelques notes d’une balade de jazz balancent doucement le temps. Ma chérie chantonne dans son bain brulant, apaisée et revigorée de cette oasis de plaisir et de calme... Je suis assis sur le rebord de la petite baignoire, imprudemment peut-être…, et je savoure béat l’innocence de ce spectacle. La mousse cache à peine les formes sensuelles de son corps et je devine sa peau souple, son ventre secret, ses cuisses musclées, ses gourmandes fesses rondes, ses seins coquins et excitants, les cachettes secrètes de ce cocon de plaisirs…
Sa tête repose sur le petit cœur rouge que je lui ai apporté, elle me fixe si amoureusement que je me sens fondre dans une infinie tendresse … dans un bonheur si parfait que ....
je ne sentirai pas la chaleur de l’eau du bain en y tombant …

 

Aujourd'hui encore ... je vais aimer ma Princesse … ma Star …

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