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05/08/2011

I comme .. Dieu ?...

Ce soir je rêve d’être Dieu ….

Souvent, assis à la terrasse d’un café, un lait chaud à la vanille sur la table, je me suis demandé comment seraient nos rues si chacune de nos vies était repérée par une ficelle blanche. Les gens traineraient derrière eux le fil de leur vie et nos rues ne seraient qu’un entremêlas de lignes … Notre vie croise celles des autres à longueur de temps, nos fils se croisent … Mais si de tout là-haut celui qui se fait appeler Dieu s’amusait à emmêler nos lignes de vie …


Depuis quelque temps déjà, la distance avait distendu nos lignes de vie avec ma Princesse … Sans doute trop d’incompréhension pas assez de présence trop peu de partage … et surement pas assez de nous dans les rêves que je lui proposais … Peut-être pas assez de tolérance dans le cœur de ma Princesse à peine née des plaisirs de l’Amour et encore à la recherche de son Prince Charmant … que j’aurais tant voulu incarner à ses yeux ….

« Tiens ces deux là, je vais mélanger leurs lignes … » …
 

Du haut de son promontoire Eros joue avec deux amoureux qui s’ignorent ou qui se sont oubliés … Elle est belle comme le matin d’une grasse-matinée, brillante comme le bonheur qui irradie au travers d’un sourire, sensuelle comme un vipère dans le creux d’une main qui l’emprisonne… Depuis hier soir elle a retrouvé son nid bordelais, là où elle se sent bien, là aussi où il sont été si heureux … Lui est revenu chercher cette ambiance chaude et conviviale qui lui donne l’énergie de résister à l’absence de son Ange comme il dit. Il est fier de ce qu’il est devenu dans ses mains, plus jeune, plus gai, plus ouvert et plus sur de lui.


Le soleil commence son travail et les promeneurs profitent dans une franche bonne humeur de sa chaleur conviviale et communicative sur les bords de la Garonne assagie.

Ils ne se parlent plus depuis deux semaines, sans doute par peur de ne pas pouvoir résister à une nouvelle tentation et de retomber dans des chemins déjà connus. Ils ont soif de nouveau tous les deux….
 

Il a pris un vélo de la CUB et roule à allure pépère vers les magasins des hangars. Elle pagaye de sa jambe droite et son roller roule entre les badauds amassés devant le miroir d’eau. Un air de vacances colore l’ambiance. Les piaillements des petits garnements qui jouent des effets de l’eau inondent le silence des quais. Elle ne sait pas qu’il est là, il ne sait pas qu’elle est là …

Devant le vieux bateau, un saxophoniste se contorsionne pour extirper de son instrument une complainte de blues et pour réveiller la fibre jazzy des spectateurs nonchalants. Il s’arrête, prends le temps de se laisser bercer, laisse son esprit voyager vers ces horizons chamarré de la New Orleans… Elle surgit à vive allure, le téléphone à la main, les yeux rivés sur l’écran, ignorante des autres lignes de vie … Eros sourit de son idée alors qu’en bas c’est le choc !


Elle est prête à fulminer contre cet olibrius qui ne la regardait pas… Oui elle e-phone mais à chacun de faire attention ! … Furieuse, ses yeux se relèvent vers lui, un moment de silence arrête le temps. Aphrodite, déesse de la beauté et de l’amour, vient jouer avec son fils Eros…

« Pardonnez-moi de vous avoir manqué ? vous auriez pu ne pas avoir mal ! » lui déclare-t-‘il feignant et ironisant
Elle se frotte les genoux, tapotent ses cuisses de la poussière, relève fièrement la tête.
« j’aime les hommes qui savent me faire mal sans me faire souffrir ! » lui décoche-t’elle
Le jeu a été distribué, la partie peut commencer …


Très à la mode ce mobilier de café où l’on peut siroter en position quasi-allongée. Avec une aisance et une grâce toute féminine elle semble trôner devant lui un peu tétanisé par l’enjeu. Loin de tous ces petits riens teintés de son souvenir qui dévorent son quotidien, rassuré par toute sa garde-robe refaite pour elle déposée dans sa chambre d’hôtel, avide de libérer son cœur en risque d’explosion tant la pression de sa passion est impressionnante, il n’ose qu’à peine l’admirer : une chemise bariolée ouverte sur ses petits seins aphrodisiaques, un pantalon de toile assez large pour laisser imaginer ses cuisses rondes et musclées, ses petites pommes potelées et sensuelles, et son ventre plat et parfumé. Elle est belle ma Princesse …



Les deux amants sont assis cote-à-cote au pied du lit, accroupis, recroquevillés, nus, repus, collés, immobiles. Ils écoutent le temps passer au pied de ce lit dont le capharnaüm témoigne de la violence de leurs ébats. Depuis leur dernière petite sieste leur vie sexuelle avait été bien inégale : elle avait joué avec d’autres corps, laissé d’autres mains parcourir sa peau, parfois même pris du plaisir à ce défoulement des sens dans des décors de sensualité nouveaux. Il le savait aussi. Mais jamais elle n’avait retrouvé la plénitude de leurs jeux, ceux que dicte l’Amour, ceux que vingt-sept mois de partage et d’apprentissage avaient forgé entre eux. Il le sentait aussi.
Lui avait connu une période monastique où aucun désir n’avait réussi à franchir cette invisible barrière du don de soi que toute son âme nourrissait d’espoirs secrets…
 

Il se rappelait leur conversation à la lecture de cet article relatant l’apparition des « sex-friends » il y a déjà bien longtemps en roulant vers leur plage favorite … Il se rappelait leurs derniers jeux (x-comme-sexe)


Ils avaient brisé la glace en se racontant, comme de vieux amis, leurs aventures respectives, comme pour se reconnecter au même flux, à la même vie. Elle avait un coté « Martine à la plage » irrésistible et il faut dire que la vie ne lui avait pas vraiment fait de cadeaux les temps derniers ! Boulot, appartement, voiture, famille, amis elle avait tant à raconter à celui qui savait l’écouter. Qu’elle est drôle quand elle singe, mime ou s’enthousiasme avec outrance dans ses récits ! Ce n’est pas faute de lui avoir dit qu’elle aurait du faire du théâtre… Leurs éclats de rire sentaient bon le retour de leur connivence et progressivement leurs visages s’éclairaient d’une tranquillité de bon aloi. Ils retrouvaient le plaisir d’être ensemble.
Eros de son nuage appréciait son travail de reconstruction …


Les quais bordelais sont souvent le théâtre d’excentricités et de délires collectifs. Il faisait grand beau ce jour et une foule bigarrée musardait avec insouciance. Un africain à la tignasse aussi sale qu’hirsute et à l’accoutrement indescriptible faisait danser des étudiants déjà un peu avinés sur des rythmes à ses couleurs. Exorcisés par la cadence des tambourins nos deux complices s’immobilisent devant le spectacle, laissant leurs pieds discrètement jouer quelques mouvements de danse … jusqu’à ce que le meneur ne vienne les arracher à  leur torpeur ! Entrainés dans le groupe. Suivre la chorégraphie. Marteler les maigres paroles. Scander dans ses mains. Envoutés ou drogués ils se libèrent… Le spectacle attire du monde. Une rangée de voyeurs les ceinture. Le rythme s’accélère. Les pas s’enchainement. Les corps se frôlent. Facilement. Naturellement. Les jeunes crient. Le gourou excite…
Ils sont libres et heureux …
Eros savait que la volupté des corps nourrit les plaisirs de l’amour …


Les cris des jeunes pubères néo-maquillées au look de midinettes outrancières s’entendaient dans tout le centre-ville. La place des quinconces accueillait ses manèges les plus fous et les promesses d’accélération 3G aguichaient les touristes. Ils avaient déjà beaucoup dépensé avec un sérieux de foire dans ces petits (trop petits) gobelets de pièces censées faire glisser les plaquettes gagnantes de ces machines voleuses. Elle lui avait mis sa raclée au jeu du palet (oui encore !)  mais il avait réussi à lui gagner dans un stand de tir un très encombrant lapin aux couleurs flashies qui déclenchait les sourires ironiques des promeneurs. Leur course poursuite dans le palet des glaces où il s’était lamentablement perdu lui coutait sa place dans ce « toboggan de la mort » (ça donne envie ?) à l’accélération de 0 à 100 km/h en moins de trois secondes lui enserrait déjà l’estomac. 

Au dernier rang l’engin montait dans un bruit de chaine vers le haut du circuit. Ils étaient scotchés au dossier et un harnais grossier l’empêchait de se coller à elle. Ca monte.. ça monte … ça monte … et d’un coup tout se lâche ! la peau des joues rentre dans la bouche, l’estomac dans la gorge, les yeux cherchent, ne plus bouger, souffler… Elle a crié son plaisir et lui ravalé son beignet à la confiture ! Comme pour peaufiner la torture des derniers aller-retour les haut-parleurs réclament un appel à un supplément !... Stop par pitié !!
Eros prenait plaisir à les voir se retrouver… Le jeu continuait…

 

Plus question de gouter ! Elle avait failli s’étrangler de rire en le voyant blanc et décomposé descendre du bolide !! mais il ne pourrait plus rien avaler pendant une semaine !
Ici au moins ils étaient assis au calme, enfin il le croyait ….
Ensemble ils avaient choisi ce spectacle de café-théâtre. Ils ne connaissaient pas le show-man mais l’affiche les avait intrigués : « Ma vie à deux tout seul ». Au deuxième rang au centre. Fauteuils confortables. Climatisation. Bruissement des spectateurs. Rideau qui bouge…
Un fou ! Un petit gnome habillé à une mode que personne n’avait connu racontait avec une énergie et une acuité comique époustouflante sa vie de couple … qu’il n’avait pas vécu ! Les batailles pour la salle de bains, les guerres de télécommande, les conflits d’organisation, sans oublier les belles familles … Tout y est passé et dans un tapage de rires qui les laissaient les yeux trempés entre deux tableaux. Mais il a voulu essayer une expérience à deux … sur scène … en choisissant une femme parmi le public … Eros n’a pas résisté à piper le choix …


Quand il lui disait qu’elle devait faire du théâtre ! Sans aucune gène elle était montée sur scène et avait fait mieux que de la figuration ! A la fois écervelée, touchante, improbable et bousculant visiblement les attentes du comédien qui se laissait prendre au jeu, la Princesse jouait son rôle de mégère avec un talent assez exceptionnel : elle était affublée d’un tablier en tergal du plus bel effet, un fichu sur la tête et de pantoufles au moins taille 52. Elle devait parler avec un accent et elle écorchait avec un réel succès les chinoises présentes dans la salle. Entre « La gardienne est dans l’escalier » et « le Père-Noel est une ordure »  le show était affolant. Elle improvisait son rôle avec un flegme et une décontraction qui le subjuguait. Au-delà de sa fierté, de son admiration, il se sentait fondre pour ce petit bout de femme si exceptionnel …
Eros tenait son scénario


Ils avaient diner avec toute la troupe dans un restaurant transformé en haut-lieu de plaisirs et d’hilarité générale. Les convives s’étaient laissé porter par l’ambiance sortie du théâtre et tout le monde criait et applaudissait. Les deux complices partageaient le même plaisir d’être ensemble et leur connivence éclaboussait d’un parfum de tendresse les rires et les chants un peu grivois … Le rhum aussi avait éclaboussé un peu ( !) et ils n’étaient pas trop sûrs de leur verticalité en marchant vers l’appartement. Mais au-delà de ces vapeurs ils se sentaient bien ensemble…


Aujourd’hui il le savait tous les deux : demain ne pourrait pas être comme hier.
Au travers de leur peau, de leurs jeux, de leurs mots c’est toute une complicité qui remontait à la surface de leurs cœurs.
 

Cette façon de sentir que l’autre détient ce que nous n’avons pas,
cet invisible bien-être de se fondre l’un dans l’autre comme deux jumeaux qui se retrouvent,
cette vague puissante d’une envie d’aimer le monde qui va embraser le cœur …
ils sont amants comme on est frère et sœur, génétiquement, invisiblement, intrinsèquement…
pour toujours…




Amants pour toujours  ….

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