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05/08/2011

M comme ... M'offrir à toi !

Le quai de la gare est encore quasi désert à cette heure des premiers cafés. Un jeune, sans doute étudiant, est encore dans les vestiges de sa nuit et ne tient visiblement debout que par habitude. Costume cravate et chemise encore sans plis disgracieux un commercial fait ses cents pas sous le panneau indicateur lumineux tandis qu’une femme d’un âge certain s’inquiète déjà du retard possible de son train pour Bordeaux…

Collé à la fenêtre, l’âme déjà amoureuse, je laisse mon esprit s’envoler avec une tendresse câline sur les traits de ce visage qui sature l’écran de mon téléphone portable. Moment de folies, moment de rêves, moment de toi …

 

J’ai dû me lever très tôt, et pour une fois j’ai pu éviter ce réveil dans les douleurs de nos souvenirs toujours acérées à mon estomac. Le costume est de rigueur pour cette visite chez ce client que nous avons découvert ensemble du temps où nous partagions encore cette intimité amoureuse. Tu vas encore me dire qu’il « ne me fait pas de jolies fesses » avec cette moue espiègle qui me donne à chaque fois envie de te mordre de plaisir… Fièrement j’ai choisi cette chemise à mes initiales que tu m’as offerte pour Noel … au mois de février ! Nous en avons tant ri… Mais pas de cravate, cela ne collerait pas avec le look capillaire « out-of-bed » !

 

.... Depuis une heure déjà, ce client profite très largement de ma bienveillance et redessine avec une largesse peu compatible avec mes aspirations financières le périmètre du travail à faire. Sous prétexte de « pas grand-chose à ajouter » des options supplémentaires fleurissent comme narcisses au printemps ! Mais maintenant ma montre me titille, il me tarde de finir ce rendez-vous et de filer à ta rencontre devant un traditionnel lait chaud. Je n’entends plus vraiment ses dernières réclamations et ses errements volubiles quant aux modalités de règlement…

 

Le bus de la ligne 5 est gavé de collégiens et lycéens, pressés de rentrer surfer sur Facebook et déjà préoccupés par leurs derniers messages mobiles. Les quelques adultes arrivés là par erreur en sont pour leurs oreilles et leur espace vital, ne parlons pas de leurs places assises !

Je me demande comment je vais te découvrir, presque anxieux, surement angoissé de ne pas être au mieux de moi-même pour tes yeux que je n’ose imaginer scrutateurs. Je me répète pour la centième fois mes premières phrases, celles que je ne pourrai sans doute pas te dire… Cette nuit je t’ai envoyé cette photo de nous, celle près de la brouette, avec tes quelques mots d’amour « avec de grands souvenirs du cœur… très grands… », comme on lance une bouteille à la mer, sans y croire vraiment mais en espérant qu’elle arrivera sur les rivages de son cœur…

 

N’y tenant plus ce matin j’avais lancé un « je pars sur Bordeaux » pour ne pas sombrer dans une déprime destructrice… Les gares ont défilé, la campagne a offert de nombreux tableaux bucoliques, le SDF avec son chien dans le wagon s’est levé au moins vingt fois avant que je ne revienne à la vie : « J’y serai aussi... » a soudain bouleversé toute ma raison …

Arrêt près de la place de la Victoire, tramway, place de la Bourse, café, terrasse, tu n’es pas encore là … je stresse j’ai peur …

 

Je t’ai deviné de loin, j’ai senti ton regard de loin, je t’ai senti en moi de loin…

Premiers mots gênés, un peu patauds. Comme un baigneur qui hésiterait à faire le grand saut j’hésite à me lancer. Premiers silences… Nous nous observons avec précision. Un polo bleu marine, sans doute marqué Tribord, largement ouvert sur ton bronzage, tes cheveux brouillons retenus par une paire de lunettes de soleil rouge, ce pantalon noir que j’affectionne tant je devine encore combien il moule avec tentation ton petit popotin, des Converse très mode, tu es femme et tentation aujourd’hui. Tentation interdite ?... Je devine encore ce corps de rêve qui nous a entrainé dans tant de ces jeux érotiques tissés de tendresse et d’impertinence, je souris de ces souvenirs heureux… Tu surprends cette envolée de mon esprit et en devine ostensiblement l’objet… Tu plisses les yeux d’un air grondeur et aguicheur, tu te tortilles avec gourmandise sur ton fauteuil en osier… Je te mangerais !!

 

Il se passe toujours quelque chose dans la vie de ma Martine ! Et comme d’habitude tu fais le show en  racontant tes histoires incroyables. Nos voisins ne se cachent même pas pour faire sembler d’écouter et tu réussis à m’arracher un fou-rire qui me fera encore passer pour un cétacé groenlandais et m’inonder les yeux de larmes de plaisir ! Même si je te soupçonne d’en rajouter un peu je me demande si nous ne devrions pas nous unir pour éditer toutes ces frasques rocambolesques. Un nouveau projet pour nous deux ?... Je suis ébloui

 

Ta deuxième bière a raison de ta mini-vessie et tu trottines jusqu’aux commodités de ce lieu branché bordelais. Subrepticement je suis d’un regard connaisseur cette démarche sautillante qui balance ces petites fesses au rythme de tes foulées trop grandes, ces bras qui brassent l’urgence de l’opération et cette tignasse sauvage, comme je l’adore, qui roucoule de naturel… Tu es toujours aussi éblouissante…

 

Le silence de ton absence ravive encore ces quelques mots de toi : « amitié améliorée », « je sens une plaie amoureuse que je n’arrive pas à refermer, j’ai beau essayer… ». Dans la douceur de mon cœur malade de toi, je sens encore que tu ne connais pas avec cette rencontre cette plénitude que nous avons bâtie ensemble, que ton cœur n’est pas saturé de cette tendresse que nous avons connue, que tu ne ressens pas dans ton âme la force de notre passion.

Mais je sais aussi que je t’ai déçu et que ta rancœur pour mes errements obscurcit la vision de ton Doune, de celui que tu voyais comme ton Prince Charmant… Ma faiblesse, la nécessité pour moi de mourir un peu pour te retrouver hors des sentiers de mes erreurs, sans doute le manque de démonstration de ma passion pourtant infinie ont érodé ta patience et déshabillé ton image amoureuse de moi… Comment te dire combien je t’aime et toute la tempête qui broie mon être de ne pouvoir te cajoler, te chérir, t’emporter vers des horizons affolants, te surprendre, te transcender dans un amour enfin totalement partagé et dans une complète liberté de cœur et de temps …. Je t’aime encore et encore …

 

Ton retour sonne le départ vers quelques pas bucoliques au soleil des quais inondés de soleil et gavés de passants et de rollers. Presque intimidé et inquiet de t’effaroucher je n’ose pas t’approcher. En amour il faut savoir prendre le temps de s’apprivoiser et je crains de brusquer les étapes. Il me revient en mémoire ces premiers contacts sur le quai de la Trinité il y a bien longtemps déjà… Sagement nous devisons sur les promeneurs, sur ces jeunes fous qui foncent dans tous les sens fièrement voire effrontément juchés sur leurs rollers ou leurs skates, sur ces petits bambins qui s’essayent sous les yeux attendris de leurs parents à la bicyclette sans roulettes, sur ces petits vieux qui reconstruisent le monde de leurs souvenirs éculés sur les bancs publics… Attention ! Skate – trop vite – cris – contorsions – bousculade – chute – bruits de chocs – précipitation !! Tu tombes – renversée – je me jette – dans mes bras … Détente…

 

Le temps reprend son souffle. Le skater reste assis, grogui, abattu, avec un rictus de colère. Tu es allongée dans mes bras, juste apeurée pas vraiment énervée. Ta respiration rythme ton retour à la normale. Je ne veux pas te lâcher, tu ne veux pas que je te lâche... Tu revis ces trois dernières secondes avec effroi mais distance, tes yeux remontent vers moi, tu me souris, je te souris… Je suis là ma chérie…

 

Sous le prétexte complètement fallacieux de te soutenir je garde ta main au creux de la mienne et repartons à la recherche hypocrite d’une boisson alcoolisée reconstituante. Ton "percuteur" est déjà loin dansant comme un cul-de-jatte sur sa planche de transport et maugréant contre la terre entière. Pas même une écorchure.
Notre silence consomme notre nouvelle intimité. Une nouvelle tendresse séquestre nos deux âmes l’une contre l’autre …

Un petit groupe de jeunes, au look franchement bobo-bordelais, s’essaye à quelques mesures de jazz au pied des hangars. La pénombre assourdit les mauvaises notes et embrume leur mélodie d’un parfum de nostalgie bucolique. Quelques couples en profitent pour se rapprocher dans des mouvements lascifs et tendres. Sans un regard, sans un mot, d’un lent mouvement chaloupé, je glisse de ma main ton corps contre moi. Tu ne résistes pas, tu ne souris pas, tu fermes doucement les yeux, tu te laisses faire sans un geste d’approbation… Avec l’infinie délicatesse d’un enfant qui recueillerait un petit oisillon tombé de son nid, je te serre doucement contre moi, avec une infinie douceur, comme pour te réchauffer de toute ma tendresse… Tu caches ton visage au creux de mon épaule, les notes caressent cet abandon, tu te laisses apprivoiser… Nos respirations se croisent dans un même souffle, nos doigts se mêlent, nos âmes se jumellent, nos vies s’entrelacent… La musique disparaît …

 

Tu as toujours eu ce coté frimeuse ! Pour te faire croire que tu es la plus rapide, je te laisse devant, fièrement juchée sur ton VCub au porte-bagages tout tordu, mais sans pour autant te laisser supposer que mes mollets supportent difficilement le poids de mes années ! La démonstration d’une danseuse incongrue en tutu rose sur ses rollers nous arrête une première fois. J’en profite pour chercher ta main, les yeux effrontément plantés dans ce regard clair. Les souvenirs de notre escapade idyllique sur l’ile de Groix que nous avons sillonnée sur nos bicyclettes en nous tenant par la main effacent l’instant, et nouent notre nouvelle intimité d’un lien d’une complicité que nous croyions perdue. Pour la première fois, tes lèvres dessinent un sourire amoureux, ton regard me l’offre, ta main l’honore, tu te laisses apprivoiser…

 

Le bonheur a une couleur : celle de notre promenade, nos doigts vissés les uns dans les autres, nos bras dessinant ce dôme sous lequel les patineurs prennent plaisir à passer avec des cris de joie, jouant de nous comme des dauphins d’une embarcation fragile. Ton visage a les traits d’une toile de Cézanne, irréelle et pourtant si captivante, tu irradies de sourire et de douceur, ton rire de plaisirs asphyxie les sons de ce quai bourdonnant, tu es une reine … 

Je ne sens plus ce temps qui ne s’égrène plus, je ne vis que pour te regarder, je voudrais mourir dans cette seconde d’éternité pour ne garder de nous que cet instant magique aux accents de paradis… Je suis fou de toi …

 

Ta peau a toujours ce gout sucré de jeunesse et de malice ! Allongée sur le canapé, nue, repue, essoufflée, encore gourmande de cette communion sensuelle, tu me regardes : à genoux près de toi, les mains protégeant encore de leur douce chaleur tes petits seins arrogants, je reprends mes esprits. Infiniment heureux du sacrifice offert de ton corps j’exulte du doux orgueil de ce moment de pause qui de son silence unit nos esprits après nos corps. Nos peaux se sont retrouvées dans une même extase, nos mains ont retrouvé le chemin de nos plaisirs secrets, nos lèvres ont vacillé nos conscients, nos cris ont souligné sur le grand livre de notre sexualité tous ces mots d’appartenance et de conquêtes. Sans doute les voisins et les clients de la pizzéria du rez-de-chaussée ont-ils profité de nos ébats, mais le bonheur a aussi un son, celui de nos plaisirs…

 

Ce soir, lorsque l’heure des confidences croisera celle de la lune noire dans le ciel, nous nous retrouverons dans ces draps que nous n’avons même pas encore défaits. Nous nous rapprocherons et écouterons ce moment de partage qui nous réunira dans une même tendresse infinie. Enfin une sérénité et une quiétude des cœurs remplaceront nos élans incomplets ou nos douleurs des temps passés. Enfin nous reformerons cet être unique, torché d’amour et de délicatesse, aux yeux fixés sur un nouvel avenir à construire, nourri aux souvenirs encore vifs et bâtisseurs, et voué à un indéfectible bonheur.

Nous avons encore tant de choses à nous raconter ce soir, tant de projets demain et tant de plaisirs pour la vie … Vivement demain pour nous laisser nous aimer, simplement, tendrement mais infiniment …

 

… Je t’aime ma Princesse…

.... Aime moi et partons sur les routes d’un nouveau bonheur …

.... Ensemble ...

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