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05/08/2011

N comme ...Nuit ?

Je marche sur les quais bordelais … je pense à toi …

 

La nuit a enveloppé tous les bruits, la pénombre illumine les réverbères Napoléon III, la Garonne assagit les humeurs de tous ces promeneurs d’une torpeur mélancolique… Ce soir tout est calme, comme si le temps ne se décomptait plus. Après ses assauts de la journée survoltée il prend des allures bucoliques et égrène doucement les instants de bonheur éphémère…

 

Nos jambes se balancent dans une même silhouette et nos mains aux doigts croisées nous tiennent dans la même tendresse. Nous marchons tout doucement comme pour ne pas faire de bruit, comme pour ne pas déranger le moment qui passe. Notre silence habille notre conversation. Notre plaisir invisible de partager cette même page d’éternité nourrit notre amour aussi surement qu’une étreinte sous la couette colorée de ton lit double. Notre bonheur de fouler ensemble ce même moment fugace dans une étreinte de partage irradie nos cœurs d’un reflet de communion infinie.

 

De petits groupes d’étudiants dispersés dans les pelouses et buissons égrènent leurs différences comme autant de petits mondes juxtaposés. Des accents de pays différents ponctuent les rires sonores. Certains ont étalé leur pique-nique sur la pelouse et les relents de pâté et de pizza arrivent jusqu’à nous. D’autres préfèrent la bière, certaines fumées trahissent quelques illicites, les bruits de verre résonnent autour des vapeurs de vin bordelais. Les mots à peine susurrés trahissent les confidences, les pauses lascives dénoncent les abandons, les sourires soulignent le bien-être naturel de ces partages...

 

Un guitariste frôle les cordes de son instrument aux sons de sa voix douce. Sa petite cour reprend avec timidité ou pudeur les refrains très cool de ses mélodies. L’atmosphère de partage et de communion trahit les sourires et les allégresses contenues. J’aurais du apporter mon harmonica si j’avais su en jouer. Nous aurions laissé nos esprits s’envoler vers des horizons indéfinis aux seules notes de ces ritournelles. Tu chantonnes doucement

 

Les couples marchent ensemble sans se voir sur ce quai balayé de temps en temps par un roller trop rapide. J’aurais bien aimé que tu m’apprennes, nous aurions joué des mêmes rythmes de nos pieds aux sons de tes rires moqueurs… Quelques bicyclettes viennent rayer l’obscurité de leurs lumières blafardes et fuyantes et laissent filer le son des dynamos en s’enfuyant loin de nous…

 

Ces deux là s’embrassent goulument comme le font les garçons entre eux sans doute. Ceux-ci jouent à se repousser, ils joueront encore quelques minutes avant d’exploser dans une même tendresse affective. Ce vieux couple marche dans le même silence et avec la même raideur, le temps les a unis bien au-delà de toutes marques d’affection visibles, ils vivent dans la certitude de leur amour. Ceux là n’avaient rien pour être ensemble tant lui a la maigreur de sa rondeur ! Et pourtant la nuit les protège de sa même justice, celle des ombres. Les amoureux se touchent et se caressent en cachette dans leurs démarches partagées. Leurs yeux brillent de leurs passions câlines qui les emportera dans un torrent d’affection jusqu’aux premiers délices du sommeil entremêlés.

 

Mon bras a enveloppé ton épaule d’une étole affective. Je te presse contre moi, ta main cherche ma hanche, nos corps se collent et nos pas se mélangent.
Inutile que nous le disions... nous le sentons tous les deux…

 
Je hais soudainement ces deux petits avortons italiens qui brisent la sérénité de l’endroit par des piaillements gutturaux qui rappellent aux parents que le moment n’est pas aux roucoulades !

 

Une autre guitare égrène la mélodie du temps qui passe. Nous continuons notre pas de peur d’arrêter cet instant aux accents si éphémères qui en font toute la beauté suave et volatile. Une légère brise vient rafraichir nos visages délicieusement engourdis dans une torpeur sentimentale et apporte les parfums d’une nuit que l’on voudrait sans fin…
 

Trois petits vieux agrippés à la rambarde commentent ce temps d’autrefois dont l’évocation est devenue leur quotidien. Ils se parlent de petits mots, les silences remplissent les non-dits et les oublis.
Deux costumes sombres, chemises blanches, refont l’économie du pays les mains dans les poches, exposant des convictions qu’ils savent que l’autre n’écoutera pas vraiment. Ils refont le monde comme pour se convaincre qu’ils y sont importants. Demain le quotidien leur fera oublier leurs principes de ce soir…

 

La brume du miroir d’eau emportera ton image dans mes rêves. Tu es merveilleusement belle. Ton visage juvénile éclairera ma nuit de sérénité, cette silhouette floue habillée de cette couverture d’eau évanescente hantera mes instant d’inconscience, je serai heureux.
Tu te blottiras contre moi dans un spasme de tendresse
et me remerciera de cette paix qui t’emportera à ton tour dans les réconforts d’une nuit docile. Tu seras heureuse.

 

 

En rentrant sur le pont de Pierre qui tire son trait de lumière sur la Garonne assagie, je pleure de savoir que ce soir c’est avec un autre que tu dormiras, que c’est dans les bras d’un autre que tu te réveilleras et que sans doute c'est le corps d’un autre qui t’amènera ce plaisir des sens qui saura t’arracher à la réalité…
Tous ces promeneurs n’imaginaient sûrement pas la douleur abyssale de celui qui les a croisé d’un pas si lent qu’on pouvait le deviner vouloir arrêter le temps trop cruel …
Ils n'imaginaient sûrement pas ce fil d'avenir à la texture si fragile d'un espoir tissé de souvenirs auquel il était encore suspendu...

 


Alors même si je ne dois pas …
même si la torpeur de cette nuit emportera ma prière au-delà de toi… je t’aime … infiniment ...

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