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05/08/2011

P comme ... crèpes ?

Le siècle sera celui d’Internet aucun doute là-dessus. La médiatisation presque outrancière des fondateurs de Google, FaceBook et autres EBay laisse planer l’ombre de fortunes faciles et que celui qui n’ait jamais rêvé lui aussi de devenir millionnaire en deux coups de clics me jettent la première souris !


Dans nos délires avec ma Princesse nous avions bien sûr abordé aussi cette profusion financière guère assouvie par des euro-millions retentissants mais pas pour nous ! Combien de fois avons-nous évoqué cette petite crêperie depuis notre découverte de ce coin de Locmariaquer tout de rouge et de gris tapissé et dans lequel nous avons construit business plan, dessiné les cartes et calculé le ROI avec un sérieux de vieux routiers de la restauration ?


Tu règnes dans la salle. Tout a été décoré à tes gouts et il faut dire que notre bouiboui a de quoi impressionner ! Moderne mais sans excès, lumineux mais sans casser l’intimité, le lieu prête çà la détente et au repos. La veille de l’ouverture tu es arrivée si attendrissante avec ce tablier de pro, maladroitement emballé dans du papier craft, sans doute aussi trop grand pour moi (c’est de ta faute tu me rationnes en St Hubert !) mais qui en disait long sur la façon où ma patronne chérie allait diriger sa boutique ! Tant pis j’userai de la promotion canapé …


Nous avons répété toute la semaine nos recettes. Tous les soirs nous sommes allés tels des espions renifler les odeurs de galette et voler quelques photos des cartes et des prix concurrents. Quelles crises de rire à longer les murs en jouant les détectives, longeant les murs et faignant de se croire invisibles, même si les portes cochères n’ont pas servi que de cachette … Ma Princesse est toujours d’une sensualité débordante et depuis que son projet a commencé à prendre forme, sa vitalité et son énergie se sont démultipliées ! Heureux homme que je suis …


Gavés de galettes sarrasines depuis une semaine (la recette de pâte te résiste…), à la fois angoissés et excités au plus haut point, ce soir c’est le jour ! Tout est prêt : les menus dument imprimés et plastifiés, les petites bougies allumées, les bouquets de fleurs séchées disposées sur les tables, j’ai mis mon tablier et maintenant que j’ai réussi à dompter tant que faire se peut le matériel de la cuisine je joue le Chef, vite remis à ma place par ma Princesse transformée en chef de troupes ! Moulée dans son tee-shirt aux couleurs de la crêperie, le popotin engoncé dans un jean peu seyant (condition obligatoire pour ne pas casser la gueule à tous ceux qui la regarderaient de trop près) la patronne attendait le premier gling-gling de la porte d’entrée … le sourire commercial déjà prêt et le carnet de commandes en mains …
Je suis trop fier de mon Princesse !


Gling-gling !! C’est parti ….
Un couple âgé, surement près de 150 ans à eux deux, franchit le seuil de l’antre… Lui respire le fond de cale d’un bateau de pêche et elle descend tout droit d’un film de SF  avec une coiffure improbable. Discrètement j’observe la scène : avec une courtoisie non feinte et un sourire ravageur elle place ses premiers clients à la table 2. Un signe non ?...  Trop fière elle ne résiste pas à leur annoncer les risques qu’ils allaient prendre ce soir pour diner, ils étaient nos premiers clients ! Et dès le deuxième verre d’apéritif tout le monde s’est détendu. Sauf le Chef ! C’est la panique à la cuisine …. Je n’entends même plus le gling-gling qui sonne à tout va !!


La galettoire fume, j’ai mis trop de gras, ca sent la friture, et ca brule les premières crèpes ! Je virevolte dans le petit espace refermant le frigo d’un coup de fesses, jonglant avec les œufs dont deux sont déjà au plat mais sur le carrelage, le sac de gruyère attrapé dans le mauvais sens et qui retapisse les deux plaques chaudes dans une odeur de hotdogs, les tomates qui s’effondrent à la cuisson en suintant salement, la crème qui joue les fortes têtes et refuse de rester compacte …. Le résultat est saisissant !! le pire c’est que j’ai honte pour ma petite patronne chérie de lui pourrir ainsi son rêve … Faut-il qu’elle m’aime pour supporter tout ça !


Heureusement en salle tout va pour le mieux ! Ma Princesse est géniale : elle danse entre les tables, un sourire par-ci, un petit mot gentil par-là, une commande, une addition … Visiblement transportée de plaisir, elle gère son petit monde avec une habileté impressionnante pour quelqu’un dont ce n’est pas le métier. Normal c’est ma copine !...
 

Elle ne néglige pas de passer dans mon dos et de me décocher une bourrade sur les fesses sanglée d’un « mon pti’chef » renversant de sincérité et de bonne humeur. Même nos premiers clients n’ont pas réussi à la déstabiliser. Et pourtant …

Le vieux ronchonne tout le temps : trop cuit, pas assez cuit, trop salé, pas assez salé, trop de crème… Sa mégère trop occupée à essayer d’arranger ses mèches de cheveux gris ne l’entend même pas. Elle adore les crèpes et fait preuve d’un appétit redoutable : pas moins de sept tournées ! Ils sont ensemble mais ne se voient plus … Dans un moment de calme, je me surprends à imaginer notre troisième age avec ma Princesse …


Elle a bien vieilli comme l’on dit ! Oh son corps n’a plus les attraits de sa jeunesse mais le temps a été clément et sa silhouette en ferait encore pâlir certaines. Sa frimousse n’a pas changée, un air délicieusement arrogant, une fronde tendrement impertinente, et toujours ces yeux vifs et brillants, éclairés de cette lueur de bonheur qui m’a accompagné toutes ces années. Jugo et Pimprenelle sont grands maintenant et on parle déjà de couches et culottes courtes.
 

La grande maison est exceptionnellement calme ce soir, et ce repère de nos amis, habitués à trouver chez nous hospitalité bienveillante, soupe, confort, amitiés … ne résonnera pas de son rire caractéristique et de ses imitations hors d’âge. Un peu de répis … Les catalogues de voyage trônent encore sur la table du salon témoins de tous les pays que nous avons découvert ensemble : Afrique, Vietnam, Japon, Etats-Unis, Suède, Maroc … Et partout j’ai ressenti avec la même fierté et la même chance le plaisir d’avoir à mon bras cette femme si tendre si belle si passionnée, celle à qui j’offrirais ma vie chaque matin, celle qui partage mon bonheur de vire, celle que j’ai épousée il y a déjà bien longtemps …. 


« Alors les spéciales caramel au beurre ? Tu dors »
Elle est géniale ma patronne, je voudrais vieillir près de ma Princesse

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