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05/08/2011

U comme Couple ?...

Ta main a frôlé mes fesses, j’ai à peine sursauté tant ces petits gestes nous sont familiers et témoignent d’une tendresse de chaque instant. Tu exposes avec une touchante impudeur ta nudité devant le miroir et te contorsionne pour mesurer le désastre de ta culotte de cheval imaginaire. « J’ai encore grossi non ? » Tu attends mon compliment comme tous les matins… Dommage que l’on soit un peu pressé, le scénario aurait tourné au combat érotique et nous aurions joué au gendarme et au voleur… je t’aurais attaché avec les menottes… STOP !


Comme tous les matins, nous nous égouttons sur le tapis de sol bariolé des restes de la douche brulante que nous avons partagé avec une tendresse enfantine...


Le signal strident du téléphone ne la réveille même pas. Je me glisse le plus discrètement possible hors du lit en bataille, elle le sent et me rattrape d’un bras câlin, me colle à son ventre chaud, se rendors heureuse… La mousse à raser cache ces quelques rides qui m’empêchent de me croire jeune, le rasoir à quatre lames rafraichit ma mine comateuse, une petite tape sur la joue pour me dire que je suis encore pas mal pour mon âge … J’enfile le peignoir à rayures sur le vieux tee-shirt à l’effigie de la marque de téléphone mobile aussi détendu que la peau d’un shar-pei, enfile mes chaussons à la tête de Simpson souvenirs d’une soirée avec des étudiants (elle m’avait déjà remarqué parait-il…), et attaque le cérémonial de la préparation de notre religieux petit-dej….


Quatre cuillères de café, le max d’eau, les deux bols, cuillères, couteau, deux sucres pour chacun, deux toasts carrés sans croute prêts à s’enfoncer dans les entrailles du grille-pain et deux sagement en attente, confiture de rhubarbe, miel, jus d’oranges sanguines, et bien sûr son Danao pèche et le St Hubert auquel j’ai réussi à la convertir. Il ne manque rien, ah si les deux petites serviettes tirées du Sopalin et précautionneusement pliées en forme de losange. Quelques mots tendres sur un Post-it… « une nouvelle journée près de toi sera encore un belle journée. Je t’aime … » L’odeur de café commence à parfumer le salon du petit appartement de Bordeaux dans lequel nous sommes montés pour cette journée de Pâques.


Ma Princesse est roulée en boule autour de notre nounours en peluche. Ses petites fesses sortent des draps comme des étendards et réclament mes caresses. Je les embrasse, attends ses réactions, ma main glisse doucement sur son corps endormi, sa peau est douce, je pose mes lèvres sur son front, apprécie son petit grognement, me love contre son dos, la prend dans mes bras, elle me sent, sourit du plaisir de ce nouveau matin, susurre un bonjour mon chéri renversant de tendresse, et gagne quelques minutes supplémentaires de cette sérénité affective sur l’heure de se lever… Je l’aime… tellement …


« mais pousse toi ! je vais m’enfoncer le crayon dans l’œil ! ». Comme d’habitude c’est la guerre pour le miroir de la salle de bains, et les filles imaginent toujours que sous prétexte de maquillage elles sont prioritaires sur nous les hommes à la peau burinée et à la beauté naturellement vierge de tous produits et crèmes… Elle a des petits yeux clairs, souvent entre le vert et le gris, pigmentés de petites touches de couleur, illuminés par un fond d’une blancheur juvénile, et soulignés par des cils concentrés sur l’extérieur qui lui ouvrent le regard. Le trait du crayon noir habille d’une aura de gravité ce regard perçant. Elle fera rire ses yeux en me dévisageant et une fois encore je craquerai d’amour…


Le choix du sous-vêtement est toujours compliqué, les bonnets doivent être aussi sexys que confortables et lui laisser croire que sa poitrine n’est pas aussi petite qu’elle l’imagine ! J’adore ses petits seins si frais si ronds si doux si câlins si espiègles… Elle choisit le soutien-gorge rose que nous avons acheté dans le magasin Etam de la rue Sainte Catherine. Comme des collégiens nous nous étions cachés dans la cabine d’essayage… et sans bruit et excités par cet interdit de conventions nous nous étions embrassés goulument et j’avais mesuré de mes mains excitées toute la justesse de la soie sur ces petits pains d’amour… Petite culotte rose. Miroir. Petits pas de danse. Sourires complices lourds de sous-entendus. Coup d’œil sur la pendule murale… Son rimel a un peu coulé avec la sueur et la petite culotte est perdue dans le fond des draps…


Après quatre heures de route dans ma "voiture de course" ancien (très ancien) modèle, nous arrivons dans cette petite bourgade de la campagne profonde. Même le réseau SFR ne fonctionne pas ici. Seules quelques vaches s’étonnent de nous voir passer et hochent la tête au bruit caractéristique de mon diesel. Les champs rayés de sillons travaillés au tracteur brillent de fleurs jaunes et se gavent de hauts plants de maïs. Une odeur caractéristique des animaux de la traite  enveloppe le panorama. Ma Princesse a du conduire un peu, je me suis endormi dans les souvenirs encore chauds de nos plaisirs de ce matin, sans doute un peu fatigué ?...


Tout le monde est déjà là. Ma famille au grand complet et celle du fiancé dont je ne connais personne hormis Pierrot l’ingénieur TP qui a finalement repris l’exploitation agricole. Les tenues sont estivales, le temps est chaud, les petites chaussures, les jupes légères, quelques chapeaux rigolos, les cravates sont rares, les chemises blanches ouvertes. Quelques appareils photos crépitent déjà. Les petits groupes discutent. Devant la grande bâtisse principale caractéristique des fermes normandes les parasols sont déjà ouverts pour protéger une nuée de verres étincelants. Ma main cherche celle de mon aimée que je sens tendue devant la perspective de ces présentations officielles… « n’oublie jamais combien je t’aime » la rassurais-je…


Les regards se sont tournés vers nous. L’ambiance se tend un peu. Ma sœur toujours prête à venir en aide à son grand frère se précipite et claque une bise à ma Princesse avec ostentation et bonne humeur. Elle a un coté fleur bleue et nous sommes sensibles aux mêmes films d’amour, elle est si émue par notre histoire qu’elle perçoit comme une histoire irréelle qu’elle y cherche une place et vient de la trouver en celle de la bonne fée. Mes neveux et nièces ravis de couper courts aux conversations traditionnelles sur leur avenir, leurs stages, leurs cursus scolaires se précipitent aussi. Ces jeunes sont surprenants, j’avais peur qu’ils jugent sans savoir, qu’ils condamnent sans comprendre, qu’ils bannissent sans connaître. Pour eux seuls l’Amour est le sésame de l’union. Leçon de vie…


Elle est géniale mon petit bout de femme. Avec une décontraction (apparente) qui me déconcerte, elle sourit, adresse des mots gentils et délicats, virevolte avec la grâce d’une ancienne danseuse avec les verres de champagne, laisse éclater son rire si caractéristique aux histoires éventées de quelques personnes âgées, joue les copines avec les autres filles, stimule même la libido des plus petits drapés dans de beaux costumes neufs avec une cravate tenue par un élastique excités par son sourire enjôleur et fiers de pouvoir lui parler… Elle déclenche une ola générale par sa traditionnelle imitation des couturières chinoises des caves illégales parisiennes et emporte tous les suffrages… Je suis si fier de ma Princesse, elle est géniale !


Mes enfants étaient arrivés avant nous. Eux comme moi redoutions ce moment. Sans doute elle aussi… Nous en avions parlé la veille : j’avais pris mes deux ados à part dans un petit salon de thé nantais, loin de l’agitation de la ville, loin de leurs repères de vie quotidiens, loin de toutes influences. J’avais longuement cherché comment leur expliquer ma passion, conscient que les raisons du cœur ne suivent aucune voie de la logique et ne s’entendent donc pas avec les raisons de l’esprit…


La photo que j’avais choisi ne trompait pas sur nos sentiments, nos joues étaient collées l’une à l’autre, nous regardions dans la même direction, nos mains se mélangeaient. Alors je leur ai tout raconté, du début, de la déclaration dans le bureau aux rendez-vous secrets, aux promenades romantiques, à mes premiers errements, à nos premiers pas de couple, à nos aventures, à notre vie ensemble, à notre avenir… Je leur ai aussi expliqué l’avenir de ma vie avec eux même si je savais qu’ils connaissaient suffisamment leur papa-poule pour savoir que je ne les abandonnais pas, mais qu’au contraire tout cet amour que mon cœur distribuait catalysé par ma petite Princesse les inonderait aussi…


Nous ne saurons jamais quoi de la façon dont irradiait notre amour, de la gentillesse et de l’énergie de ma reine, de mes fameux pas de rock ou d’une certaine surconsommation de boissons avait déclenché toute cette unanimité. La fête avait détonné par sa simplicité et par la franchise dont chacun s’était emparé pour vivre ses relations conjugales ou amoureuses. Comme si la fée de l’Amour avait soufflé sur notre réunion …. Je sais moi qui est cette fée…


« je sais que vous allez être heureux. Ne l’abime pas et occupe toi d’elle...
J’espère qu’un jour aussi je serai aussi heureuse qu’elle de rencontrer quelqu’un comme toi Papa !
 » . Ma fille écrasa une grosse bise sur ma joue en partant, fit un sourire à ma compagne qui ressemblait à celui d’une mère qui confie son enfant pour sa première rentrée des classes, fit un signe de la main… Mon grand fils était là, derrière. Dans le silence de nos échanges je vis qu’il avait compris tout ce que je ne lui avais pas dit. Il me fit un clin d’œil, nous toisa généreusement, fis quelques pas doucement vers nous, pris la main de ma princesse et y déposa un léger baiser. Tout était dit ….


Nous étions assis au pied d'un arbre centenaire, repus de satisfaction, et heureux d'avoir maintenant une place ensemble au cœur de ma famille. Je lui susurré un timide « Maintenant si nous étions heureux ? »
Les grands arbres nous cachaient du soleil, les effluves de la campagne laissaient place à celles du barbecue éteint, les grands sacs poubelle ponctuaient le lieu de la fête, les voitures quittaient la ferme dans une poussière de terre, les derniers au-revoir se mélangeaient au son des baisers…

Elle se pelotonna contre moi… « Rentrons chez nous si tu veux bien. Nous avons une vie à commencer tous les deux ! »…


Oui une vraie vie de couple mon Amour, notre vie ….

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